Les Pecheries de la Cotiniere

L’Histoire de Pêcheries de la Cotinière – Episode 1

 

En 1919, Louise Moreau épouse Louis Rabeau. Elle a 20 ans. Ils s’installent à La Cotinière, dans l’île d’Oléron.
A cette époque les Oléronnais sont des gens de la terre, cultivateurs et viticulteurs. Le jeune couple s’intéresse aussi aux produits la mer, crustacés, poissons, qu’ils vendent en complément d’activité.
Mais Louis meurt jeune, très jeune même, à l’âge de 38 ans. Il laisse un fils unique, Fernand, alors âgé de 12 ans. C’est Louise et son fils qui vont écrire les premières pages de la saga familiale.

L’Histoire de Pêcheries de la Cotinière

L’Histoire de Pêcheries de la Cotinière

 

D’abord avec une petite charrette à bras puis à vélo, Louise parcourt les villages de l’île d’Oléron : Saint-Pierre, Saint-Denis, La Brée, Domino, etc.
Elle vend essentiellement des sardines, des petits maquereaux, des chinchards, des crevettes grises, que les bateaux débarquent chaque jour au retour de la marée.
A l’époque, le poisson est acheté en caisse en bois. Il n’y a pas de balance et la vente s’effectue à l’unité ou à la poignée… Un travail très pénible qui use les marins-pêcheurs comme les poissonniers car les caisses, lestées de pains de glace pour la conservation, sont lourdes à porter.
Fernand l’aide dans son travail mais il est réquisitionné pendant la Deuxième Guerre Mondiale et part en Allemagne pour effectuer un Service de Travail Obligatoire (S.T.O.).

A son retour dans l’île d’Oléron en 1945, il choisit « d’aller à la pêche » comme disent les marins. Il ne reprendra le chemin des « Etablissements Rabeau », aux côtés de sa mère, que quelques années plus tard…

L’Histoire de Pêcheries de la Cotinière – Episode 2

[...]Dans ce métier si particulier qu’est la vente du poisson, l’une des principales qualités est le courage. La vente ambulante nécessite en effet de se lever tôt pour préparer la marchandise et, jour après jour, Fernand, le fils de Louise, qui s’est marié avec Lucie, commence son travail à trois heures du matin. Il part ensuite pour faire la tournée comme sa mère mais cette fois en véhicule Panhard bâché. L’après-midi il faut être au port pour l’arrivée des bateaux, acheter les caisses de daurades, mulets, sardines, soles, merluchons, crevettes et autres coquillages, et les stocker dans l’atelier aménagé dans le garage de la maison familiale, au 19 de la rue des Mouettes à La Cotinière.

L’Histoire de Pêcheries de la Cotinière

En 1966, Fernand décide de développer l’activité de l’entreprise sur le continent.

Le pont, entre l’île d’Oléron et Marennes, inauguré la même année, va faciliter les choses. Sur le conseil d’un ami, il choisit de s’installer sur le marché de Niort trois fois par semaine où les Pêcheries de La Cotinière ont toujours leur étal.
Il investit aussi dans des étals sur les marchésoléronnais de Saint-Pierre, Domino, La Brée-les-Bains et Cheray. Là où, un demisiècle auparavant, Louise, circulait à vélo.
L’entreprise change de nom, mais pas seulement En 1970, Colette, la fille de Fernand et Lucie Rabeau, se marie avec Alain Dupuy et le jeune couple travaille dans l’entreprise.
En 1984, les Etablissements Rabeau changent de nom et deviennent « Les Pêcheries de La Cotinière ». Ce changement de nom est loin d’être anecdotique.

Comme souvent, il traduit des bouleversements bien plus importants. C’est à cette époque que décède Louise.

C’est aussi à cette période qu’est construit un hangar de 600 m² à proximité de la propriété familiale. Il permet de gérer dans d’excellentes conditions matérielles l’augmentation croissante de l’activité.
Alain Dupuy cherche d’autres pistes de développement dont l’exportation essentiellement vers l’Espagne.

Enfin, en 1990, une poissonnerie est ouverte à Pau. « Cette ouverture ne fut pas le fruit d’une longue recherche méthodique, explique Olivier Dupuy, actuel gérant des Pêcheries de La Cotinière et le fils de Colette et Alain, il se trouve simplement que mon père était passionné de chasse à la palombe dans le Sud-Ouest et qu’un de ses amis chasseurs, Monsieur Capdevielle, l’a convaincu d’ouvrir une succursale dans sa ville ! ».
Olivier, né en 1972, grandit dans cet univers et il se rappelle « Au marché de Niort, je ne servais aux clients que des sardines car elles étaient vendues à la douzaine et je ne savais pas manipuler la balance Roberval à poids ! »

Au début des années 90, il rejoint l’entreprise familiale et il rencontre sa future femme, Delphine.

Originaire de l’île de Groix, elle le suivra sur l’île d’Oléron, plus d’un siècle après ses ancêtres Groisillons qui étaient venus construire le Port de La Cotinière …

L’histoire des Pêcheries de la Cotinère

L’histoire des Pêcheries de la Cotinère – Episode 3

Delphine Dupuy le dit sans détour : « la période 1997-2007, pendant laquelle nous avons petit à petit repris les rênes de l’entreprise, a été très difficile. Il nous a fallu surmonter l’entrée en vigueur de nouvelles règlementations très contraignantes, restructurer entièrement l’organisation interne pour la rendre efficace, refonder le mode de gestion et, surtout, appliquer la loi sur les 35 h qui a fait perdre de l’argent à tout le monde, à l’entreprise aussi bien qu’aux salariés. » Olivier ajoute : « Les salariés gagnent moins bien leur vie depuis la réduction de la durée hebdomadaire du temps de travail. L’ambiance en a également souffert. Le métier a vraiment complètement changé ».

Face aux difficultés, à la limite du dépôt de bilan, Delphine et Olivier font face et prennent des décisions stratégiques. Le magasin de demi-gros distribuant aux secteurs de la restauration et des collectivités, installé à Niort, est fermé ; le local occupé au Port de Pêche de Chef-de-Baie à La Rochelle également. L’entreprise recentre son activité sur La Cotinière, avec la construction d’un nouveau bâtiment, met à plat toute sa stratégie de communication avec un nouveau logo, de nouveaux visuels, de nouvelles accroches publicitaires…

L’histoire des Pêcheries de la Cotinère

En Parallèle, ils lancent en 2006 un site de vente en ligne, monpoisson.fr. « C’est aujourd’hui le site d’e-commerce de poissonnerie le plus performant de France », précise Delphine. Il leur a fallu résoudre la délicate question de la conservation des produits avec un système de conditionnement et de poches de glace totalement révolutionnaire qui garantit 48 heures de froid dans le carton envoyé par la Poste.

Avec cinq millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et jusqu’à soixante personnes au plus fort de la saison, les Pêcheries de La Cotinière est aujourd’hui une très belle entreprise. Présente sur tous les réseaux de distribution : la vente directe sur les marchés et en poissonnerie, la vente en demi-gros pour les restaurateurs, ou la restauration collective, le mareyage, et enfin l’e-commerce. Depuis près d’un siècle, quatre générations se sont succédées dans cette entreprise où les femmes ont occupé une place particulièrement importante, dans un monde d’hommes…

Rédaction: C. Devinat
Photos: D.R